Bob Marley, de son vrai nom Nesta Robert Marley[1] est né le 6 Février 1945 à Rhoden Hall près de Nine Mile dans le département de Saint Ann (Jamaïque) d'une mère jamaïcaine âgée de 18 ans, Cedella Marley Booker, née Malcolm, et d'un père jamaïcain blanc d'origine juive syrienne, superviseur à cheval des travaux des champs et âgé d'une cinquantaine d'années, Norval Marley, qu'il n'a que très peu connu. Les parents de Norval Marley n'acceptaient pas sa liaison avec une femme noire, et Norval est apparemment rejeté par sa famille. Bob Marley souffre de l'absence d'un père, qui le fera venir à la capitale pour étudier quand il a cinq ou six ans. Sans nouvelles, sa mère le retrouvera des mois plus tard dans une rue de Kingston : son fils avait été confié à une vieille dame, pour qui il faisait les courses. Cedella reprend son enfant et voit Norval une dernière fois. De tempérament faible, brisé, malade, il décèdera quelques années plus tard. À son adolescence, Nesta quitte la misère de la campagne pour celle du ghetto de Trenchtown à Kingston. Il y rencontre Neville Livingston dit Bunny Wailer et Winston Hubert McIntosh dit Peter Tosh, avec qui il chante des cantiques et des succès de soul américaine qu'ils entendent sur les radios de Miami. Le chanteur Joe Higgs leur donne des cours de chant. Bob Marley enregistre pour le producteur Leslie Kong ses deux premiers titres Judge Not et "One Cup of Coffee" en 1962, alors qu'il est âgé de 17 ans. Ces titres ska n'ont aucun succès mais Bob continue de s'investir dans la musique.
En 1963, il forme avec Junior Braithwaite, Peter Tosh et Bunny Wailer le groupe The Wailers » (les gémisseurs). Ils obtiennent un contrat avec Studio One et leurs premiers morceaux de ska, gospel, rhythm and blues et soul sont produits par le grand producteur local Clement "Sir Coxsone" Dodd, qui a pour assistant en studio Lee "Scratch" Perry (Scratch assure aussi la promotion). Bob quitte son métier de soudeur. Après l'album "The Wailin' Wailers", le trio se sépare de Coxsone, qui ne leur a pas versé grand chose en contrepartie de la centaine de titres qu'ils ont enregistré pour lui (dont plusieurs succès, comme "Simmer Down" et "Put it On").
Après son mariage avec Rita Anderson début 1966, Bob Marley part rejoindre sa mère, remariée avec un Jamaïcain nommé Booker à Wilmington, Delaware, aux USA. Bob travaille à l'hôtel Dupont, mais continue à écrire des chansons. Il est provisoirement remplacé par Constantine "Dream" Walker. À son retour après l'été 1966, il s'intéresse de plus en plus au mouvement rastafari, qui a émergé dans les années 30 en Jamaïque, et fonde avec Peter Tosh et Bunny Livingston le label indépendant Wail'n Soul'm. Leur premier titre autoproduit dans le nouveau style rocksteady s'intitule "Bend Down Low".
À Kingston, c'est Mortimo Planno, un rasta jamaïcain d'origine cubaine qui a voyagé en Éthiopie et rencontré Haïlé Sélassié Ier au début des années 60 qui lui transmet une partie de sa culture rasta. Sans le soutien d'un distributeur professionnel, ses disques se vendent très mal, et Marley est trop pauvre pour vivre en ville avec sa femme Rita et ses deux enfants Cedella et Ziggy. Il retourne dans son village natal en 1967 pour un ressourcement spirituel, mais continue à enregistrer et à publier nombre de 45 tours obscurs pour sa petite marque Wail'n Soul'm, comme les futurs classiques "Hypocrites" et "Nice Time" qui sortent sous le nom de Bob Marley & the Wailers.
Rita, Bob Marley et Peter Tosh rencontrent en janvier 1968 le chanteur américain Johnny Nash, qui est décidé à lancer le style rocksteady aux États-Unis, et son manager Danny Sims, avec qui ils signent un contrat international exclusif pour les disques et éditions JAD. Bob leur fournit quantité de compositions inédites, dont "Stir It Up", qui deviendra bientôt un succès pour Nash. Johnny Nash a beaucoup de succès avec le rocksteady (tube américain "Hold Me Tight" en 1967), mais l'album de Bob Marley & the Wailers qu'il a financé ne sort pas (il ne sera finalement publié qu'en 1997 chez JAD). Seule une nouvelle version de "Bend Down Low" avec des cuivres américains ajoutés à New York sort en France et au Canada (JAD-CBS) en 1968, mais sans aucun succès. Bob Marley écrit parallèlement son premier morceau rasta, "Selassie Is the Chapel" en 1968. Cet enregistrement important, dans le style nyahbinghi (tambours rastas), est financé par Mortimo Planno, qui interprète la face B, "A Little Prayer". Quelques producteurs locaux se succèdent, mais le trio vocal n'a plus aucun succès depuis son départ du giron de Coxsone Dodd.
Sans ressources, Bob repart aux États-Unis rejoindre sa mère en 1969. Il travaille plusieurs mois de nuit dans une usine automobile Chrysler. Sa femme et ses jeunes enfants les rejoignent. À son retour, il fonde les disques Tuff Gong, du nom de son surnom du ghetto (dérivé du surnom de Leonard Howell, le "Gong" fondateur du mouvement rasta), et enregistre une reprise de James Brown "(Say It Loud) I'm Black and I'm Proud" rebaptisée "Black Progress" dans le nouveau style reggae avec de jeunes musiciens brillants, les frères Carlton (à la batterie) et Aston "Family Man" Barrett (à la basse) qui ne le quitteront plus. Mais les disques indépendants Tuff Gong n'ont toujours aucun succès. Marley va voir son vieil ami Lee "Scratch" Perry qui fin 1969 a été chanter en Angleterre accompagné par les frères Barrett sous le nom des Upsetters. Perry a obtenu un succès anglais avec l'instrumental "The Return of Django" et accepte de produire Bob Marley. Ils collaboreront jusqu'en 1977. Perry donne une nouvelle couleur au groupe, qui enregistre plusieurs chefs-d'½uvre avec lui, comme "Duppy Conqueror", "Sun Is Shining", "Soul Rebel" et le "(I've Gotta) Keep on Moving" de Curtis Mayfield.
Mais toujours sans succès, ils gravent une dizaine de chansons avec l'équipe de musiciens de Leslie Kong, un producteur jamaïcain (qui avait déjà produit les deux premiers 45 tours de Marley en 1962) qui a du succès en Angleterre grave à un son professionnel capable de percer sur le marché anglais (disques Trojan). Il publiera ces titres en 1971 sous le nom de « The Best of the Wailers ». Bunny Wailer, superstitieux, pense que leur « meilleur » est encore à venir et lui lance une malédiction. Leslie Kong décède peu après d'une crise cardiaque, et le trio ne touche aucun argent. Ils continuent à alterner les autoproductions pour Tuff Gong avec des séances financées par Lee "Scratch" Perry. Malgré la qualité remarquable de leur travail prolifique, ils n'ont aucun succès local jusqu'à leur autoproduction "Trench Town Rock" en 1971. Marley rejoint l'organisation rasta des Douze Tribus d'Israel fondée par Prophet Gad, alias Vernon Carrington.
À la demande de Johnny Nash qui cherche des compositions pour la bande du film suédois "Love Is Not a Game" dans lequel il joue le rôle principal, Bob Marley part à Stockholm. Il y écrit plusieurs morceaux, et collabore à la bande du film. Nash signe alors avec les disques CBS, et part à Londres où il enregistre le plus gros succès de sa carrière, "I Can See Clearly Now". Marley le rejoint, et signe lui aussi avec CBS grace à Nash. Comme l'album de Nash, le 45 tours "Reggae on Broadway" sort en 1972, mais Marley n'a aucun succès. Le son anglais commercial et les musiciens anglais apportés par Nash ne lui conviennent pas. Quelques concerts à Londres avec les frères Barrett sont organisés, mais sans succès. Nash part vers la gloire et abandonne son poulain. Marley contacte Chris Blackwell, le patron des labels Trojan et Island Records. Blackwell a déjà distribué en Angleterre les disques Beverley's de Leslie Kong, et connaît le nom de Marley. Il confie de l'argent à Bob, qui part enregistrer à Kingston.
Les deux premiers albums sortent chez Island sous le nom des Wailers, mais, en 1973 Bunny Wailer puis Peter Tosh quittent le groupe, laissant Bob seul aux commandes (le nom des Wailers sera désormais celui de ses accompagnateurs'). Son premier album solo est son chef-d'½uvre « Natty Dread », dans lequel il incorpore une influence blues avec le guitariste américain Al Anderson. Suivront le fameux « Live! » enregistré le 18 juillet 1975 à Londres, qui contient son premier succès international "No Woman No Cry", puis « Rastaman Vibration » (1976) qui sera le disque de Bob le plus vendu de son vivant.
Le 3 décembre 1976, peu avant le concert pour la paix en Jamaïque réunissant les deux grands partis politiques (PNP et JLP), Bob Marley échappe à une fusillade déclenchée à son domicile par six hommes armés. Il reçoit tout de même une balle dans le bras et une dans la poitrine tandis qu'une autre blesse grièvement Rita à la tête. Don Taylor, leur gérant, en sort gravement blessé. Ni l'auteur ni le commanditaire du crime ne sont connus. La raison de l'attentat est très certainement politique. Certains pensent qu'elle découle de la participation de Marley à un concert engagé en faveur du progressiste Michael Manley et à la suite duquel Bob Marley a reçu des menaces de mort. L'attentat aurait donc été commandité par le parti conservateur. Mais Marley disait ne pas faire de politique et la critiquait sans se soucier du camp en prônant la paix et l'union des Jamaïcains contre la division et la guerre civile. Par là même, il s'attirait beaucoup d'ennemis. Cette thèse n'est donc pas évidente.
Quoi qu'il en soit, deux jours après l'attentat, Bob Marley participe comme prévu au concert Smile Jamaica à Kingston. Il se réfugie ensuite à Londres car il ne se sent plus en sécurité en Jamaïque. Il y enregistrera les albums « Exodus » et « Kaya » ainsi que des singles avec Lee Scratch Perry. En 1977, il s'aperçoit qu'il a une blessure au gros orteil droit. Étant passionné de football, il en vient à penser que c'était une blessure qu'il s'était faite en jouant. Mais la blessure ne guérit pas et son ongle tombe en jouant au football. C'est alors qu'un diagnostic correct est fait. Bob Marley souffre d'un mélanome malin (cancer de la peau). On lui conseille de se faire amputer l'orteil, ce qu'il refuse, cela allant à l'encontre des préceptes rastafaris. En 1980, après une attaque de paralysie, Bob Marley passe un examen aux rayons X où l'on voit cinq tumeurs, trois au cerveau, une aux poumons et une à l'estomac. Les médecins tentent une autre méthode (la chimiothérapie) à la clinique du docteur Josef Issels en Allemagne, mais c'est un échec. Le cancer se généralise.
À la fin de sa vie, poussé par sa femme, il se convertit à l'Église orthodoxe éthiopienne (une des nombreuses Églises jamaïcaines, qui intègre à sa liturgie chrétienne des éléments de culture panafricaine). Il souhaitait finir ses jours en Jamaïque mais il meurt à Miami le 11 mai 1981, trop faible pour faire le voyage en avion jusqu'en Jamaïque, après être revenu de la clinique allemande du docteur Issels.
Son histoire ne s'arrête pas à sa mort et son ½uvre est toujours d'actualité...